Méthodes de lutte contre les virus influenza.
En l’absence de traitement, les mesures de biosécurité sont essentielles pour éviter :
1) la propagation d’un virus influenza hautement pathogène : la maladie est soumise à une déclaration obligatoire et les mesures sanitaires sont celles relatives aux maladies contagieuses (avec une zone de séquestration et des zones de protection et de surveillance, respectivement de 3 km et de 10 km au minimum autour de la précédente).
2) ou l’apparition d’une mutation chez des oiseaux porteurs d’un virus faiblement pathogène de sous-type H5 ou H7.
- Mesures de biosécurité
En France où nous ne connaissons pas la peste aviaire, il importe de l’évite, mais la survenue d’une telle maladie est imprévisible. Actuellement, nous sommes concernés par deux types de risque : celui du virus IAHP H5N1 asiatique et celui d’un autre virus IAFP H7 ou H5 qui nous serait apporté par des oiseaux sauvages, contaminant soit directement des élevages de poules, de dindes, de pintades… soit indirectement via les élevages d’oiseaux réceptifs à ces virus IAFP (canards , oies) et pouvant servir de réservoirs potentiels contaminer les autres espèces aviaires domestiques.
- Risque lié virus IAHP H5N1 Le risque lié au virus H5N1 semble s’être éloigné avec la fin des migrations vers le Moyen Orient et vers l’Afrique à l’arrivée de l’hiver 2005. Il reste l’hypothèse d’un retour des oiseaux migrateurs qui reviendront au printemps 2006 après avoir échangé leurs virus respectifs. Mais la sensibilité du virus à la chaleur nous permettent d'espérer que cela ne sera pas le cas. L'autre risque concerne une contamination progressive de ce virus vers l'Ouest à partir des derniers pays européens atteints n'ayant pas encore éradiqué la maladie sur le territoire.
- Risque lié aux virus IAFP de sous-type H5 et H7 Il est encore plus difficile de prédire si, dans un pays n’ayant pas connu de peste aviaire depuis 50 ans, celle-ci puisse survenir par mutation d'un virus IAFP H5 ou H7. On ne peut pas exclure ce risque puisque la peste aviaire a été observée récemment dans deux pays européens comme l’Italie et la Hollande. La détection de virus IAFP de type H5 ou H7 chez des canards asymptomatiques sur notre territoire, comme dans d’autres pays européens, a justifié de mettre en place des mesures de biosécurité assurant la prévention d’une contamination des autres espèces aviaires plus aptes à favoriser une mutation éventuelle vers un virus IAHP (dindes, poules…). Pour cette raison, la Commission européenne a décidé le 17 octobre 2005 (Comité permanent de la chaîne alimentaire et la santé animale ou CPCASA) de renforcer les programmes de surveillance des oiseaux sauvages et domestiques.
Prophylaxie médicale
- Pendant longtemps, la vaccination contre l'influenza aviaire a été considérée comme un constat d'échec réservé aux pays en voie de développement incapables de maîtriser une peste aviaire par l'application stricte des mesures de prophylaxie sanitaire. Ainsi certains pays ont montré la nécessité d'avoir recours à la vaccination pour limiter la progression d'un virus IAHP (Mexique, Italie). Cependant, le recours à la vaccination était aussi connu dans les élevages atteints par des virus influenza faiblement pathogènes dans des pays développés pour éviter les complications liées aux surinfections.
- En France, la position officielle est de ne pas vacciner les volailles domestiques contre l'influenza aviaire. Cependant, les problèmes rencontrés par la mise en évidence de virus IAFP de sous-type H5 et H7 qui doivent être soumis à déclaration du fait de leur pouvoir pathogène potentiel pourraient justifier une vaccination des animaux "réservoirs" réceptifs à tout virus influenza comme les oies et les canards domestiques. C'est surtout le cas des 12 millions de canards prêts à gaver situés dans les départements à risque de contamination par les oiseaux migrateurs. La vaccination des oiseaux sauvages dans les parcs zoologiques peut aussi être recommandée pour les espèces protégées et rares par mesure de précaution.
- Les vaccins utilisés pour lutter contre les virus influenza sont inactivés et de sous-types H5 et H7.
- Ils peuvent être homologues (car contenant la même souche de virus influenza aviaire que celle de l'épizootie). Ils ont été utilisés surtout pour lutter contre le virus H5N1 asiatique, mais il faut remarquer le manque de standardisation officielle de la plupart des vaccins utilisés, notamment en Chine où l'on pu même observer une "peste vaccinale" du fait de l'inactivation incomplète du virus vaccinal. Il importe aussi de vérifier l'efficacité de la vaccination. Par ailleurs, il n'est pas possible de distinguer les animaux vaccinés des oiseaux infectés (des volailles sentinelles, donc non vaccinés, au contact des oiseaux vaccinés permettent de vérifier l'absence du virus). Ces vaccins présentent l'inconvénient de nécessiter plusieurs rappels, chez les dindes notamment.
- D'autres peuvent être hétérologues, comportant la même hémagglutinine mais une neuraminidase différente permettant de différencier la souche virale vaccinale de la souche virale sauvage. Ainsi un vaccin DIVA H7N3 (Discriminating infected from vaccinated animals) a été utilisé en Italie pour lutter contre le virus IAHP H7N1. Il existe d’autres formules vaccinales (vaccins monovalents H7N1, H5N9, H5N2, ou un vaccin bivalent H5N9+H7N1). Ces vaccins peuvent être utilisés surtout chez les poulets et les dindes dans le but d’éviter l’apparition de symptômes tout en diminuant le portage et l’excrétion.
- Certains vaccins vectorisés par un virus de la variole aviaire et exprimant une hémagglutinine de sous-type H5 ont été développés et utilisés. Ainsi un vaccin recombinant s'est révélé efficace lors de l'épizootie mexicaine chez le poulet pour prévenir de manière durable, l’apparition des signes cliniques après infection et empêcher l’excrétion de virus influenza aviaire par la voie fécale. Cependant, l'efficacité est liée au degré d’homologie de l’hémagglutinine de la souche sauvage avec celle du vaccin. De plus, ce vaccin perd toute efficacité en présence d’une immunité antivariolique chez l'oiseau vacciné.
- Enfin, une souche vaccinale modifiée génétiquement (vaccins obtenus par "génétique inverse") comportant les sous-types H5 et N3 présenterait l’avantage de pouvoir être utilisée chez les canards pour les protéger contre le virus IAHP H5N1, mais surtout pour supprimer le portage et l’excrétion d’un virus faiblement pathogène. Bien que cette mutation vers un virus IAHP n’ait jamais été observée dans notre pays, on ne peut sous-estimer ce risque comme nous l’avons vu précédemment [1]. Il ne faut pas oublier que les épizooties de peste aviaire sont sporadiques mais imprévisibles. Si un vaccin devait être utilisé en France à titre prophylactique, le meilleur choix serait de cibler les élevages canards "plein air" (comme les canards à gaver), réservoirs éventuels de souches faiblement pathogènes de type H5 ou H7, avec une couverture vaccinale associant les sous-types H5 et H7 et permettant la suppression de tout portage et d’excrétion virale.
Risque lié à l'épizootie asiatique due au virus IAHP H5N1 pour l'Homme
- Risque d'apparition d'une pandémique de grippe humaine Le virus H5N1 asiatique a été pour beaucoup de scientifiques, le candidat de la future pandémie de grippe humaine du fait de la circulation permanente de ce virus en Asie d'où sont parties les deux dernières pandémies. Deux hypothèses sont possibles dans ce cas. En premier lieu, il pourrait s'agir d'une modification du virus aviaire à la suite de mutations lui permettant une adaptation à l'espèce humaine, comme cela s'est produit avec le virus H1N1 qui fut exceptionnellement virulent en 1918 [17, 18]. L'autre hypothèse est celle d'un réassortiment viral chez le porc (cas des deux dernières pandémies de 1957 et 1968). Ferguson et al [19] ont tenté d’évaluer le risque d’une pandémie due au virus H5N1 par réassortiment viral : selon leurs calculs en mai 2004, il faudrait 45 ou 600 cas humains pour qu’il y ait 5 ou 50% de chances de réassortiment respectivement.
- Risque alimentaire et virus influenza aviaire
- Virus influenza aviaire faiblement pathogène Du fait de l’absence de virémie avec les virus influenza aviaires faiblement pathogènes, toutes les recherches concernant ces virus dans les tissus et les produits aviaires se sont révélées négatives, démontrant l’absence de ces virus dans les produits alimentaires (viandes et œufs) [20, 21].
- Virus influenza aviaire hautement pathogène En Asie: Bien qu’il n’y ait pas eu de cas avéré de contamination alimentaire par un virus influenza aviaire, en particulier chez les asiatiques subissant depuis deux ans le virus H5N1 hautement pathogène, il est recommandé, par mesure de précaution, de cuire "à cœur" tous les aliments d'origine aviaire (œufs cuits durs, viande non rosée). En effet, du fait de la virémie observée dans la peste aviaire, le virus IAHP est présent dans la viande, le sang, les organes internes et les œufs [20, 21, 22]. Comme pour tous les produits crus, le risque de contamination croisée (surfaces, assiettes ou couteaux ayant été en contact avec les produits crus) doit être aussi prévenu par les règles de bonnes pratiques d’hygiène. En ce qui concerne les ovoproduits pasteurisés selon les normes industrielles (œuf entier homogénéisé, blanc d’œuf liquide, jaune d’œuf en solution saline à 10%, blanc d’œuf lyophilisé), seule la pasteurisation basse utilisée pour le blanc d’œuf lyophilisé (54,4°C pendant 7 à 10 jours) n’offre pas une marge de sécurité suffisante pour les virus IAHP [20].
Dans les autres pays : Comme toute transaction commerciale est interdite pour les produits avicoles des pays ayant déclaré la peste aviaire (même les plumes sont interdites du fait d’un risque de souillure par les fientes), le seul risque que l’on peut craindre est celui de l’apparition d’une épizootie. Or, dans un pays comme la France, l’arrêté d’infection immédiatement pris dès la découverte du foyer interdit tout commerce des volailles et de leurs produits, garantissant ainsi au consommateur l’absence de virus influenza hautement pathogène dans la chaîne alimentaire.
Il n’y a donc pas de risque de trouver un virus influenza hautement pathogène dans des produits d’origine aviaire peu cuits dans notre pays.


