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Ouvrage du Pr Jamal Hossaini-Hilali "Des vétérinaires au Maroc sous le Protectorat français" : Prix Alexandre Liautard de l'Académie vétérinaire de France (2016)

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Bull. Acad. Vét. France — 2016 - Tome 169 - N°1 www.academie-veterinaire-defrance.org

62 Présentation de l'ouvrage par Claude L. Milhaud le 2 juin 2016

Des vétérinaires au Maroc sous le Protectorat français

Dans cet ouvrage quelque peu inattendu, notre confrère marocain, professeur de Physiologie à l’Institut Agro-Vétérinaire Hassan II, Jamal Hossaïni –Hilali, reconstitue un fragment de l’histoire de son pays. Il nous rapporte en 190 pages, l’action méconnue des vétérinaires œuvrant au sein de l’administration du Protectorat français entre 1912 et 1956. Après le rappel des conditions d’installation de ce régime, l’auteur en analyse les orientations politiques et économiques inspirées de la doctrine coloniale de Lyautey. La mise en place, en toute objectivité, de ce cadre permet de mieux saisir le sens profond de l’ouvrage consacré à l’organisation du Service de l’Élevage du Maroc et à l’activité des personnalités vétérinaires les plus marquantes de cette administration. Créé en 1913 sous le nom de Service de Zootechnie et des Épizooties, le Service de l’Élevage a pris son nom en 1917. Sous cette dénomination, conservée jusqu’en 2008, les vétérinaires vont, comme dans toutes les colonies et protectorats français, assurer une double mission : protéger le bétail des maladies endémiques ou épizootiques et en développer les potentialités zootechniques. L’organisation de ce service bénéficie, dès sa création, de l’autorité agissante de Lyautey convaincu de l’importance de l’agriculture et en particulier de l’élevage dans l’économie renaissante du Maroc. Les moyens nécessaires sont mis en place, et des hommes de qualité choisis malgré les difficultés liées à la première guerre mondiale. Le quadrillage vétérinaire du pays est définitivement fixé à partir de 1919. Il vise à réaliser un compromis efficace entre les besoins de soutien aux colons et l’indispensable amélioration de la santé et de la qualité du bétail des autochtones. Dans ce but les vétérinaires fonctionnaires du Protectorat sont initialement répartis dans des groupes vétérinaires mobiles et dans des consultations fixes dites «indigènes». Rapidement ces structures font place à un réseau de vétérinaires inspecteurs de l’élevage répartis sur l’ensemble du territoire partagé en 30 circonscriptions vétérinaires. Parallèlement, dans toutes les villes de quelque importance des vétérinaires municipaux sont chargés de l’inspection des denrées d’origine animale. Pour appuyer l’action des vétérinaires de terrain, sont successivement créés: un Laboratoire de recherche à Casablanca, une dizaine de fermes expérimentales et beaucoup plus tard, en 1946, un Institut de Biologie Animale, l’ensemble profitant de l’expertise des Instituts Pasteur de Tanger (1910) et de Casablanca (1932). Le Laboratoire de Recherche du Service de l’Elevage de Casablanca fait l’objet d’un chapitre particulier, compte tenu de l’importance et de la variété des travaux qui y ont été conduits. La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à l’œuvre d’Henri Velu (1887-1973). Jeune vétérinaire militaire, sa qualification en bactériologie le conduit en 1913, à la tête du laboratoire de recherche vétérinaire des troupes du Maroc en voie de création. Selon le pragmatisme propre à l’administration du Protectorat ce laboratoire devient rapidement mixte : civil et militaire, sous le nom de Laboratoire de Recherches du Service de l’Elevage de Casablanca. Henri Velu en assure la direction jusqu’en 1938. Il y fait preuve d’une activité exceptionnelle. Bien que relativement isolé au Maroc, il publie 274 communications et articles scientifiques, quatre ouvrages dont trois relatifs à la pathologie du bétail local et un concernant la laine et l’élevage du mouton, ouvrages complétés par un nombre équivalent de brochures de vulgarisation. Ses recherches abordent la pathologie parasitaire, les maladies microbiennes, mycosiques et virales, du bétail et des équidés. En zootechnie son intérêt se porte sur l’alimentation du bétail, l’amélioration des parcours de transhumance et la production de laine. Parmi ses résultats originaux, il est surprenant d’appendre qu’Henri Velu dénonce le premier les allégations de Voronoff à propos des greffes homologues, élucide en collaboration avec un radiologue l’origine de la Fluorose qui atteint aussi bien l’homme que le bétail, expérimente la lutte biologique contre le criquet pèlerin ou introduit au Maroc des plantes et arbustes fourragers originaires de pays subtropicaux. L’ensemble de ces travaux lui vaut d’être distingué par les académies des Sciences (2 prix), de Médecine (10 prix), de l’Agriculture (2 médailles et un prix) et Vétérinaire (6 prix). Il préside l’Académie vétérinaire de France en 1957. Dans la troisième partie de l’ouvrage l’auteur, dresse les portraits de vétérinaires dont les activités ont, à titres divers, marqué l’histoire de la Vétérinaire au Maroc. Les principaux collaborateurs d’Henri Velu, sont rappelés. Certains se dis-ingueront par la suite : Jean Barotte, qui dirigera l’Institut d’Hématologie du groupe Roussel-Uclaf à Milan ; Gustave Zottner qui succédera à Henri Velu de 1938 à 1956 ; Lucien Balozet, qui fera ensuite une brillante carrière auprès de Charles Nicolle à l’Institut Pasteur de Tunis , puis auprès de Edmond Sergent à l’Institut Pasteur d’Alger, ou Jean Grimpret ,qui après une fructueuse carrière de terrain assurera de 1943 à 1960 de hautes fonctions au sein de l’administration du Protectorat puis de l’État Marocain et présidera l’Académie Vétérinaire de France en 1983. Autres personnalités marquantes : Théophile Monod, vétérinaire militaire et compagnon de Lyautey il fonde le Service de l’Élevage, lui imprime ses orientations et le dirige jusqu’en 1930. Mattéo Brondy, vétérinaire militaire et aquarelliste de renom, anime, à sa retraite, la vie artistique et culturelle de Meknès, de 1918 à sa mort en 1944. Émile Eyraud, vétérinaire municipal de Casablanca, devenu patron de presse en 1946 et opposant acharné à l’indépendance du Maroc. Il est tué en 1954 par un résistant marocain. Enfin Ahmed Benkourdel, diplômé de l’École de Toulouse en 1936, vétérinaire militaire, s’illustre dans le Service des Remontes. Puis après avoir exercé en tant que praticien quelques années, il est appelé, en 1956, à la direction du Service de l’élevage dont il est écarté en raison de son ascendance algérienne lors du conflit frontalier qui oppose, en 1963, le Maroc à l’Algérie. Soixante ans après l’indépendance de son pays, il fallait beau-coup de courage à l’auteur pour laisser deviner, en filigrane, le bilan, d’une des administrations du Protectorat français, à travers son organisation et les portraits de ses fonction-naires. Certes, le courage et l’honnêteté intellectuelle de Jamal Hossaïni – Hilali doivent être salués. Cependant, c’est pour son œuvre d’historien rigoureux que nous devons le féliciter et promouvoir son ouvrage. Il a su, malgré des difficultés que chacun peut imaginer, rassembler une documentation extrême-ment dispersée, comme cela est toujours le cas lors qu’il s’agit d’honorer les « soutiers » de l’Histoire.



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