1) De la nécessité de connaître les causes exactes de mort rapide ou spontanée chez les ruminants en France.

 (Avis adopté le 23 novembre 2006).

Rapport

 L'Académie Vétérinaire de France,

Considérant :

  • que les missions de l'État pour la protection de la santé humaine et animale ne peuvent être assurées que si le diagnostic des maladies animales et zoonoses est effectué systématiquement et correctement;
  • qu'après leur mort, la plupart des animaux de rente, particulièrement les ruminants, ne sont généralement plus autopsiés aujourd'hui et sont le plus souvent conduits à l'équarrissage sans que la cause de leur mort ne soit élucidée, pour des motifs essentiellement économiques;
  • que, depuis la crise de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), les éleveurs ont une certaine réserve vis-à-vis des maladies réglementées et ne cherchent à connaître la cause exacte de la mort d'un animal que lors de mortalité importante ou en série dans un troupeau;
  • que cette mortalité concerne globalement chaque année 200 000 bovins de plus de 24 mois, mais, qu’en raison de la plus grande précocité de l’âge de la réforme, elle concerne des animaux jeunes dont l'état de santé devrait être très bon;
  • que la mortalité des veaux et des petits ruminants (ovins, caprins) n’est pas comptabilisée;
  • que les vétérinaires praticiens ruraux, s'ils sont avertis, ont la responsabilité d'analyser les facteurs liés à la mortalité de ces animaux et de procéder à des autopsies;
  • que les laboratoires, régionaux ou départementaux, à compétence vétérinaire, sont techniquement performants et qu'ils ont fait la preuve dans le passé de leur efficacité dans la lutte contre les maladies réputées contagieuses et les grandes épizooties;
  • que ces laboratoires restent le relais essentiel avec les grands organismes nationaux de recherche (Agence française de sécurité sanitaire des aliments, Institut national de la recherche agronomique, Institut Pasteur, Institut national de la santé et de la recherche médicale, Centre national de la recherche scientifique, Réseau des laboratoires de référence, Écoles nationales vétérinaires) dans la recherche sur les maladies animales émergentes et les zoonoses.

 

Estime en conséquence :

  • que les différents acteurs, partenaires de l'élevage et structures sanitaires sont en place et que les compétences de tous sont reconnues;
  • que la mortalité brutale sporadique de caprins et d'ovins doit faire, plus particulièrement, l'objet d'analyses pour la recherche des causes réelles de la mort, dans des conditions scientifiques et techniques correctes, malgré la faible valeur relative de ces animaux;
  • qu'il faut savoir que ces espèces constituent aussi de petits élevages familiaux ou clandestins, difficilement contrôlables, et de ce fait, potentiellement dangereux;
  • que la recherche des causes de mort rapide et/ou brutale des ruminants (grands et petits) en France devrait faire l'objet d'une attention particulière des services sanitaires, notamment au niveau des établissements d'équarrissage, pour les déterminer aussi exactement que possible sans se résigner à un diagnostic de facilité tel que celui d’entérotoxémie ou intoxications;
  • que le risque peut-être grand de ne pas découvrir une zoonose grave sporadique ou endémique suffisamment à temps.


L'Académie Vétérinaire de France recommande :


  • que les éleveurs aient la responsabilité de signaler les cas de mortalité rapide ou spontanéee des ruminants aux vétérinaires sanitaires,
  • que les causes de cette mortalité soient systématiquement recherchées;
  • qu'il soit fait appel pour cela à l'expertise des laboratoires d'analyses vétérinaires de proximité ainsi qu'aux organismes de recherche;
  • que les collectivités locales soient informées de l'enjeu sanitaire en matière de santé publique vétérinaire;
  • qu'un bilan sanitaire annuel national, fondé sur les diverses observations et analyses faites sur les cadavres des ruminants morts dans ces conditions, soit dressé et reconnu comme un suivi nécessaire dans le cadre plus général d'une politique sanitaire française et européenne.

 

2) Faut-il avoir peur des maladies des animaux ?


Séance commune de l'Académie nationale de médecine et de l' Académie vétérinaire de France (7 Mars 2006) :

Communiqué de presse

Plusieurs maladies infectieuses graves de l’homme n’ont cessé d’occuper la scène médiatique depuis les années 1980. Elles ont toutes une origine animale : le singe pour le Sida, la vache pour certaines formes de Creutzfeldt Jacob, la civette palmiste et probablement d’autres animaux pour le "SRAS", la chauve-souris pour la fièvre Ebola … sans compter la menace de pandémie de grippe qui pourrait résulter soit d’une mutation du virus de la grippe aviaire soit d’une recombinaison de ce virus avec un virus humain.


Faut-il alors craindre une extension incontrôlable de ces infections, ou l’émergence de nouvelles maladies humaines à partir des animaux ? Les services de santé ont-ils réussi, et pourront-ils encore réussir, à vaincre ces zoonoses ? C’est pour répondre à ces questions que les membres de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie vétérinaire de France se sont réunis le 7 mars à Paris.


A l’issue de leur réunion, les deux Académies ont rappelé que de nombreuses maladies infectieuses d’origine animale ont été pratiquement éradiquées dans les pays industrialisés, où elles emportaient naguère des milliers de vies humaines: la brucellose, la fièvre charbonneuse ("anthrax"), la morve, la tuberculose bovine, la rage…. Malheureusement, ces affections continuent à faire des ravages dans les pays en développement, qui en sont devenus le réservoir permanent. Certaines maladies qui sévissent dans ces pays constituent une menace mondiale, directe ou indirecte.
Il est donc primordial que les pays en développement puissent renforcer leurs moyens de surveillance et de contrôle des maladies animales, et puissent compter pour cela sur la solidarité internationale.
Les méthodes modernes de diagnostic, de vaccination, de prophylaxie sanitaire et de communication peuvent permettre aujourd’hui d’écarter ces dangers beaucoup plus facilement que par le passé, à condition que toutes les recommandations des autorités sanitaires soient respectées.

A cet égard, les dispositions actuelles, dans le cas de la grippe aviaire, sont opportunes : elles établissent des périmètres de sécurité sanitaire autour de chacun des foyers d’animaux identifiés porteurs du virus.
Le risque sanitaire lié aux maladies des animaux s’est encore accru récemment du fait de plusieurs franchissements imprévus de la " barrière d’espèce", des variations climatiques ou des flux migratoires. Il est donc plus que jamais évident que, pour maîtriser les maladies humaines d’origine animale, c’est au réservoir animal et à l’éventuel vecteur qu’il faut s’attaquer en priorité. Cette lutte n’aura de chances de succès que si la coopération se renforce entre médecins et vétérinaires d’une part, et entre pays développés et pays en développement d’autre part.

3) Surveillance et prophylaxie de l’influenza aviaire à virus hautement pathogènes

Avis adopté par l’Académie Vétérinaire de France, lors de sa séance du 2 février 2006, à l’unanimité de ses membres présents et transmis, le 8 février 2006, à Monsieur le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche.

L’ACADEMIE VÉTÉRINAIRE DE FRANCE :

Rappelant que :

  • les virus de l’influenza aviaire appartiennent au genre Influenzavirus A, dits aussi virus grippaux de type A ; ils sont divisés en sous-types, qui sont caractérisés par leurs antigènes externes H (hémagglutinine) et N (neuraminidase) et sont classés en virus faiblement à hautement pathogènes;
  • des virus influenza A apathogènes ou faiblement pathogènes infectent en permanence une proportion variable d’oiseaux sauvages de toutes les régions du monde; les individus infectés (et notamment les canards) peuvent transporter ces virus sur de longues distances s’il s’agit de migrateurs;
  • les virus influenza hautement pathogènes, qui affectent les oiseaux sans nécessairement entraîner leur mort, sont à l’origine d’une maladie très contagieuse par voie intestinale ou respiratoire, éventuellement transmissible à certains mammifères dont l’homme;
  • les virus influenza présentent une haute plasticité génétique, qui permet notamment des mutations, ou un réassortiment de leurs segments d’acides nucléiques avec ceux d’autres virus grippaux dont ceux de l’homme, éventuellement après passage chez une autre espèce (par exemple le porc);
  • ces virus mutants ou réassortants pouvant s’adapter à l’homme seraient susceptibles d’entraîner une pandémie, dont il est actuellement impossible de déterminer le délai d’apparition et la sévérité;
  • près de 25 épisodes d’influenza aviaire, dus à des virus H5, H7 ou H9 hautement pathogènes ont été officiellement déclarés dans le monde entre 1959 et 2004;
  • depuis 2003, de très nombreux épisodes d’infection des volailles par un virus H5N1 hautement pathogène ont été signalés en Asie, dans la région Pacifique et en Europe de l’Est.

 Considérant que :

  • le niveau du risque, direct ou indirect, de contamination de l’homme par un virus aviaire mutant ou réassortant étant directement lié au nombre de cas d’influenza aviaire, la meilleure façon de prévenir ce risque est d’assurer un contrôle sanitaire, voire médical, de la maladie chez les oiseaux domestiques;
  • les effectifs d'Ansériformes (canards, oies) domestiques entretenus en plein air représentent les populations les plus exposées à la contamination par les virus des oiseaux sauvages ; ces derniers peuvent héberger des souches virales peu ou non pathogènes capables d’évoluer par mutation vers des souches hautement pathogènes;
  • les dispositions de biosécurité actuellement prévues en France en cas de foyers d’influenza aviaire dus à des virus hautement pathogènes font essentiellement appel à des mesures de police sanitaire : confinement des élevages
    • contrôle des mouvements d’animaux
    • mise sous abri des auges et des abreuvoirs
    • destruction des volailles infectées, exposées ou à risque
    • désinfection;
  • si une menace grave de diffusion de l’influenza aviaire à virus hautement pathogène survenait, le recours à la vaccination stratégique de certains compartiments d’élevages avicoles devrait être envisagé.


Recommande que :

  • les moyens de dépistage précoce des infections animales par les influenzavirus A soient développés et soutenus par les pouvoirs publics en :
  • dotant le laboratoire de référence français des ressources humaines et financières nécessaires et en favorisant sa collaboration avec les centres nationaux de référence de la grippe;
  • étendant la capacité et les compétences des laboratoires spécialisés dans le domaine du diagnostic et de la prévention de l’influenza aviaire;
  • augmentant le nombre de laboratoires de diagnostic vétérinaire agréés par le ministère de l’agriculture et de la pêche pour la mise en œuvre des tests de détection précoce de l’influenza aviaire sur le terrain;
  • les réseaux de surveillance et d’alerte nationaux et internationaux concernant les élevages avicoles et les oiseaux sauvages migrateurs soient créés là où ils n’existent pas, développés là où ils existent et incités à échanger leurs informations, y compris sur les virus influenza faiblement pathogènes;
  • les services vétérinaires français soient renforcés dans toutes leurs composantes, en conformité avec les normes de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) en matière de qualité et de modalités de surveillance, et notamment que :
    • les plans intégrés de préparation aux situations d'urgence établis par ces services soient dotés des ressources humaines et financières nécessaires et tiennent compte des contraintes propres à chaque type d’élevage en associant tous les acteurs concernés,
    • le maillage territorial de surveillance épidémiologique mis en place en France soit développé et soutenu;
  • soient généralisées les visites sanitaires annuelles effectuées par des vétérinaires dans les élevages de volailles sur le même principe que celles effectuées dans les élevages bovins, afin que les aviculteurs soient informés régulièrement des risques sanitaires pour leur exploitation;
  • concernant les oiseaux d’élevage (notamment les canards), des recherches spécifiques et pluridisciplinaires soient développées :
    • sur leur infection par les virus influenza,
    • sur leur rôle éventuel dans la pérennité et la diffusion de l’infection,
    • afin de juger du bien fondé de leur vaccination éventuelle au cas où la circulation des virus deviendrait préoccupante;
  • concernant la faune sauvage, la connaissance des zones d’importance nationale pour les oiseaux d’eau soit améliorée et dotée des moyens de cartographie nécessaires;
  • si les circonstances épidémiologiques l’exigeaient, et dans le respect des textes communautaires, la vaccination préventive de certains élevages (canards prêts à gaver, oiseaux de haute valeur génétique, oiseaux d’élevages de gibier…) soit envisagée avec des vaccins à virus inactivés permettant de reconnaître ultérieurement les oiseaux infectés des oiseaux vaccinés;
  • les vaccins éventuellement utilisés empêchent l’excrétion virale chez les oiseaux vaccinés et comportent les valences antigéniques H5 et H7 qui existent depuis des décennies dans les populations européennes d’oiseaux sauvages;
  • les importations d’oiseaux et de leurs produits en provenance de pays infectés restent strictement interdites et rigoureusement surveillées, les fraudes possibles devant être prévenues et sévèrement sanctionnées;
  • des réponses favorables soient faites aux demandes éventuelles d’expertise des pays infectés ou à risque, soit dans un cadre bilatéral soit sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Secrétariat :
34, rue Bréguet
75011 Paris
Tél. : 01 53 36 16 19
Mél : academie(at)veterinaire.fr